Une trentaine de milles sépare l’île d’Epi de l’île de Malekula au nord ouest. Par un petit temps nuageux, sous voile et moteur Sundance pénètre dans la profonde baie de Port Sandwich au sud-est de l’île. C’est le moment que choisit un thazard pour mordre à nos lignes
Le mouillage de Port Sandwich offre un abri calme et bien protégé
Sur le flanc de la montagne, une cocoteraie, ancienne plantation coloniale, dessine de jolies arabesques. Au coucher du soleil, pas un souffle d’air ne ride le reflet des collines. Seule une pirogue à balancier frôlant Sundance marque ce miroir.
Une piste mène au village de Lamap, capitale française des Nouvelles-Hébrides pendant le condominium franco-britannique. La France a laissé quelques empreintes : une piste en excellent état, des conduites d’eau, quelques bâtiments en dur, une belle allée de manguiers, et surtout la langue française parlée ici majoritairement…
Dans les cocoteraies bien entretenues et clôturées pâture le bétail. Sur les troncs exposés au soleil, un lichen orange se développe.
En chemin, des hameaux familiaux se succèdent. Les villageois nous interpellent amicalement, se présentent par leur prénom, nous demandent si nous venons de Nouvelle-Calédonie ou de France, nous offrent des fruits.
Ici encore l’habitat est différent des autres îles : sur une fondation en ciment sont élevées des parois en bambous tressés
A l’épicerie Levis Store, nous achetons quelques miches chaudes appétissantes sortant du four à bois. Malheureusement le pain n’est pas aussi bon que celui d’Anatom ou celui du bord. Nous croisons de nombreux fours à coprah. Comme aux Marquises, le temps est trop humide pour que le coprah sèche à l’air libre. Un four alimenté par l’enveloppe des noix et des branchages dessèche la pulpe.
Des jeunes terminent la construction d’un four, quelques jours plus tard nous verrons la toiture en place. Ils nous offrent des bananes cuitent au feu, et nous gouttons au cœur sucré et moelleux du centre la coco.
Après quelques jours le coprah est sec, emballé dans des sacs de jute, et entreposé à l’abri en attendant le passage du cargo.
Un énorme banyan trône à l’entrée du village de Lamap. Des bougainvilliers, datura, lantanas bien connus de nos jardins méditerranéens foisonnent, et égayent le chemin
Le cœur du village domine la cote Est de Malekula et son platier découvert à marée basse.
Le local du marché hebdomadaire avec ses peintures chatoyantes sensibilise la population à la protection de l’environnement
Un long bâtiment abrite la poste, Air Vanuatu, et le poste de Police.
Des affiches prévenant des méfaits de la marijuana informent aussi des pénalités encourues en cas de possession ou de distribution de cette drogue.
Le Nakamal de Lamap nouvellement reconstruit porte le nom évocateur de “Sainte Marie -Bar à Kava” !
Ici aussi le nakamal est ouvert aux femmes, contrairement à Tanna où les traditions évoluent peu…
…fèves de cacao séchant sur la dalle chaude…
Les racines de Yakona ( Piper methisticum), comestibles au bout de trois ans, sont nettoyées et coupées en petits morceaux à la machette. Puis elles sont hachées à la moulinette, mélangées à de l’eau et pressées. Le kava se prépare le matin pour le soir, il est apprécié pour ses vertus relaxantes et anesthésiantes, surtout après les journées passées dans les champs.
Le tour du village se poursuit par la visite du “mini Hôpital “ construit l’année dernière par les militaires français. Jocelyn consulte deux matinées. Il est même appelé en une urgence pour une crise de goutte !
L’école francophone de la mission nous laisse un souvenir plus décevant que l’école laïque d’Epi, l’accueil froid et distant du directeur et des instituteurs est peut-être dicté par la rigueur religieuse dont voudraient se parer les dirigeants.
…salle de classe, et hutte des touts-petits…
…Les écoliers en uniformes : short ou jupe bleus et blouse jaune…
…Matéo et ses copains qui viendront à bord…
Les enfants nous cueillent des Lemons : fruit de la grosseur d’une grosse orange ressemblant aux Limes de Nice, au goût et parfum se situant entre le citron et le pamplemousse.
Perruche venant d’être capturée par une jeune fille ( ne voulant pas être photographiée) en vue d’être apprivoisée.
Lauretta nous guette sur le chemin du retour. Elle nous offre dans un joli panier tressé des citrons et cristophines.
…Tambour traditionnel…
Encore une fois les villageois nous ont comblés : Lauretta avec ses citrons et cristophines, Angela avec ses patates douces, civettes, poivrons, La Mémé avec ses pamplemousses, les enfants avec les limes… C’est l’occasion pour nous de revenir les jours suivants remercier tous ces gens par de petits présents dont ils manquent : riz, savon, vêtements, semence, douceurs …
Matéo rencontré à la sortie de l’école est malade : grosse infection générale, conjonctivite, plaie... Il ne semble pas avoir d’argent pour une consultation à l’hôpital. Jocelyn l’invite à passer à bord pour le soigner. Accompagné de ses copains il vient au bateau et repassera les jours suivants pour ses soins.
Le temps est très nuageux voire pluvieux pendant notre séjour à Port Sandwich, mais les rencontres et les activités ne manquent pas. Le catamaran inter-île Big Sista (=big sister)anime la matinée avec ses transbordements de passagers et de marchandises.
A Port Sandwich nous retrouvons avec beaucoup de plaisir Morgane et Flavius de Galahad, rencontrés aux Tongas. Ils avaient fait route sur la NZ en même temps que nous. Nous nous suivions par mail et BLU ( radio longue portée ). Grâce à la BLU nous communiquons matin et soir sur certaines fréquences avec nos collègues marins en navigation. Cela nous permet d’avoir la position gps de chacun, de se donner la météo, et de se sentir moins seuls et moins petits dans l’immensité des océans.
Avec les équipages de Galahad et de Bohème nous remontons une rivière au fond de la Baie. Les palétuviers bordent la rive, des perruches piaillent. Nous coupons les moteurs pour écouter cette nature sauvage. Au retour nous passons devant une ferme et sa cocoteraie somptueuse.
Face au mouillage habitent Rock et Noëlla. Leur maison est ouverte aux plaisanciers, une case et un barbecue sont à la disposition des yachties.
Rock, ancien de l’éducation, détient une bibliothèque extraordinaire. Nous échangerons une dizaine de livres du bord. Amoureux des livres, possédant une grande culture, nous aborderons de multiples sujets : médecine, sociologie, politique histoire…
Un déjeuner s’organise chez nos hôtes. Chaque équipage amène un plat : poissons, gratin de cristophines, salade de patates douces, riz aux légumes, gâteaux… Un après-midi d’échanges, et d’amitiés qui enrichit notre vision des Vanuatu.
… …Noëlla prépare de délicieuses frites de maniocs…
Il nous reste une petite rivière à explorer dans la Baie de Port Sandwich, les équipages des trois bateaux se répartissent en deux annexes, Morgane de Galahad vient avec nous.
Contrairement à l’autre rivière, celle-ci est moins sauvage. Les rives sont exploitées : cocoteraies, prairies ou encore bambouseraies
Les bambous sont utilisés pour la construction des huttes
….Tronc de fougères arborescentes…
Au retour de notre exploration : pique-nique déjeuner à bord de Galahad, nous fêtons l’anniversaire de Jocelyn
Sans être vraiment pressés, la perspective de la grande migration vers l’Indonésie par le détroit de Torres nous pousse à profiter d’un vent de nord, rare dans ce secteur. Il faut redescendre sur Port Vila faire nos formalités de sortie. Les routes s’écartèlent et nous séparent de Bohème Galahad, Rock, Noëlla, Matéo, et tous nos amis de Port Sandwich. Nos amis marins remontent vers le nord du Vanuatu pour rejoindre la Papouasie- Nouvelle-Guinée avant de s‘engager dans le canal de Torres. Nous les retrouverons quelque part en Asie…
Après 80 milles d’une nuit agitée et perturbée par des grains et des orages nous arrivons au petit matin à Port Vila. Plus aucune bouée de libre au Yacht Word, un vent très fort d’ouest souffle sur la rade, les rouleaux se fracassent sur la cote au vent. Nous partons mouiller à l’abri vers l’aire de carénage et le port des cargos.
…Ferry manœuvrant dans la rade…
…Jocelyn aide le voilier CosaNostra en panne d’inverseur à manœuvrer dans la rade…
Au bureau des douanes, le douanier laisse son regard aller de nos têtes au passeport de Jocelyn semant dans nos esprits une certaine dose d’inquiétude voire de culpabilité :
“…Vous vous appelez Simonetti ??? oui… c’est italien mais je suis français…..
…Je m’appelle aussi Simon Etti !!!!!!!! “
Les formalités faites avec Simon Etti, et l’immigration, nous mettons cap sur la Nouvelle-Calédonie profitant de deux jours de vent de SE à E.
Vraiment trop court ce passage d’un mois et demi parmi les Nivans ! C’est un pays et une population que nous garderons au chaud dans nos meilleurs souvenirs…
*** N’oubliez pas que vous pouvez suivre la position de Sundance en direct en cliquant sur la carte dans l’onglet “Où sommes nous ?” ***
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