La météo nous réserve des surprises. Les fichiers Grib pris la veille au soir à Bagaman nous laissaient présager un départ en douceur des Louisiades mais un bon 25N est établi, une mer courte et hachée, des courants violents, rendent très désagréable la sortie de l’archipel . Une fois en haute-mer la houle plus longue,et le vent plus arrière redonne un certain confort. La Zone Intertropicale est ancrée de nouveau sur la mer de Corail avec son cortège de nuages noirs,ses orages menaçants. C’est sous un ciel plombé, gris que nous parcourons allegretto en quatre jours les 600 milles nous séparant de Bramble Cay – la porte d’entrée du Detroit de Torrès.
….Nous croisons quelques cargos ….. Un magnifique thazard noir avec des rayures violines mord à la ligne
Le détroit de Torrès sépare l’Océan Pacifique de l’Océan Indien. La route est piégée d’une multitude de hauts-fonds, de récifs affleurant, d’îles, d’îlots. Heureusement aujourd’hui grâce aux GPS, à l’excellente cartographie, aux cartes électroniques le passage dans cette zone est grandement facilité. Venant des Louisiades, nous pénétrons au petit matin dans le détroit par Bligh Entrance et empruntons le Great North East Chanel. Le soleil brille, effaçant la grisaille, le crachin et le froid.
81 milles séparent l’Australie de la Papouasie-Nouvelle-Guinée dans l’axe Nord/Sud du Cap York australien. Les frontières sont extrêmement contrôlées. Nous avons pris la précaution quelques jours auparavant d’envoyer un mail aux douaniers australiens les avertissant de notre passage dans leurs eaux, en leur fournissant le pedigree complet du bateau et de l’équipage. Effectivement à quinzaine de milles de Bligh Entrance, l’avion des douaniers nous survole et nous appelle à la VHF. Nous serons par la suite fréquemment survolé par les avions ou hélicoptères australiens.
Nous réglons notre progression pour passer le détroit de jour divisant le trajet de 145 nautiques en trois étapes avec arrivée de jour à chaque mouillage et départ au petit matin avec le courant. Nous profitons ainsi des paysages uniques de cette barrière d’îles coralliennes désertes pour la plupart. Nous naviguons en toute sécurité, éloignant le spectre inquiétant d’une fatale erreur d’identification de phare ou de balise…
La première escale ( tronçon rouge sur la carte ) est la petite ile inhabitée de Rennel. A la tombée de la nuit, nous mouillons devant l’île plate bordée de cocotiers. Une bonne douche, un plat chaud et une excellente nuit nous remettent en jambes.
Le deuxième tronçon ( trace bleue sur la carte ) du chenal se fait au pré serré. La vigilance est de rigueur nous passons entre des récifs à moins d’un mille. Sinistres, quelques épaves de cargos témoignent des difficultés rencontrées.
A la cartographie particulière s’ajoutent les problèmes de courant. Le courant sub-équatorial du Pacifique pousse ses eaux vers l’ouest. A celui- ci s’ajoute ou se soustrait selon l’heure, le courant de marée. L’état de la mer est donc lié à la direction et à la force du vent mais aussi à la combinaison des courants.
Sundance avance à plus de six nœuds sous trois ris dans la grand-voile et génois au tiers avec le courant sur une mer turquoise. Les couleurs sont extraordinaires, presque irréelles
Sue Island malgré son mouillage peu protégé offre un opportun abri dans le détroit. La nuit est agitée : Malgré un vent à plus de 25nd, le bateau ne pointe pas son étrave face au vent mais face au puissant courant de NE ou SW selon les renverses de marée.
15 milles de pré serré et une bonne trentaine de milles de travers mènent à notre prochain mouillage. Le dernier slalom ( tronçon en rose sur la carte ) entre les îlots frise de près les îles de Twin Island et East Strait.
Nous naviguons légèrement à l’extérieur du chenal avec une marge de sécurité suffisante pour éviter les monstres qui passent. Ici un supertanker nous double à moins d’un quart de mille à notre bâbord. Merci à l’AIS pour sa précieuse aide électronique ! Nous sommes bien contents de gérer les cayes et les cargos de jour !
Wednesday Island, dernier mouillage dans le détroit présente l’avantage de se situer à l’entrée du Prince of Whales Channel – porte de sortie du détroit- long de 14 milles- sujet à de très forts courants. C’est donc un endroit stratégique pour observer les courants dans cette zone. Nous restons 36h dans ce lieu paisible, et protégé. L’hélicoptère des douanes australiennes tourne autour du bateau quelques minutes pour nous identifier. La journée passe vite entre les études de courant, l’ajustage de la tension de l’étai, la lessive, la boulangerie et les yaourts pour les jours à venir.
A 8h du matin à l’étale de basse mer nous engageons dans le Chenal du Prince. Nous laissons la bouée rouge intentionnellement à tribord ( et non à bâbord comme cela devrait l’être !!!) pour raser la côte de Hammond Island en évitant les gros remous qui cerclent l’îlot. Sundance déboule à plus de 9 nœuds. Nos calculs se révèlent exacts !!!!
Les côtes arides ressemblent aux paysages méditerranéens, avec en plus les énormes termitières qui se dressent le long des cotes.
Propulsés par le courant nous laissons les derniers cailloux sur tribord, Thursday Island sur bâbord et atterrissons dans les eaux saines de la Mer d’Arufara. Après 3 ans et demi de navigation dans le Pacifique, Sundance vogue maintenant sur l’Océan Indien. Ce passage, navigation initiatique riche en émotions, n’est pas sans rappeler le passage du Canal de Panama. Ce fut un grand moment, un changement d’océan, la rencontre d’un nouveau monde.
La mer d’Arufara est une mer très peu profonde – 10 à 15m au début et une 50aine de mètres 500 milles plus à l’ouest. Sundance glisse à 5nd, sans bruit toutes voiles dessus sur une eau verte. Le confort à bord sans gite ni roulis est exceptionnel. Finis les dépressions, le froid, les creux de 3m, les coups de vent, les ciels gris des mers de Tasmanie et de Corail. Cap au 270 vers des mers aux noms exotiques : Mer de Timor, Mer de Savu, Mer de Flores, Mer de Java, Mer de Chine. 1100 milles nous séparent de Kupang notre port d’entrée en Indonésie.
Les couchers de soleil rivalisent en beauté avec les levers de soleil. Malheureusement la civilisation et sa pollution n’épargnent pas cette mer aux couleurs de rêve. Des morceaux de plastiques flottent à la surface et de grandes nappes de gasoil zèbrent parfois l’étendue turquoise….
De larges zones de protection de pêche s’étendent au large des côtes australiennes. Celles-ci doivent préserver les ressources puisque les bancs de thons n’y sont pas rares et que nous pêchons quotidiennement notre poisson : Thazard, cobias ou Reine des Mer, petits thons. Les filets prélevés sont stockés au freezer ou mis en bocaux en prévision des mers indonésiennes vides de poissons paraît-il.
Beau thazard à la découpe, on prélève les deux filets, le reste aux requins !
Les conditions de navigation sont idylliques. La vitesse oscille entre 2.5N et 6 nœuds selon un vent de travers légèrement capricieux en force. Le confort est tel que nous pouvons nous mijoter de bons petits plats : couscous de cobia, beignets de thazard, tarte aux poires…. Les journées sont rythmées par les quarts, les points de route, les vacations BLU avec nos amis navigateurs, et les rencontres en mer : cargos, pêcheurs, caseyeurs, bimoteur des douaniers australiens, plateformes pétrolières ou la vie animale : globicéphales, dauphins, méduses, serpents de mer, et de nombreux oiseaux.
Les derniers de jour en Mer de Timor, le vent est quasiment nul, Sundance avance malgré tout entre 2N et 3.5N. La dernière nuit le vent revient, la mer reste plate. Sundance s’emballe à 6-7 nœuds dans 13 nœuds de vent de travers et il nous faut réduire la voilure à un petit string façon copa cabana pour tenter d’arriver de jour au petit matin !
La côte du Timor est en vue, nous hissons le pavillon de courtoisie et celui de quarantaine
Après 18 jours passés en mer depuis les Louisiades, le port de Kupang apparaît. Une traversée de 1850 milles comme notre transatlantique des Bijagos- Guinée Bissau à Salvador de Bahia- Brésil . Après 2930 milles, et après un mois et demi de voyage depuis la Nouvelle-Calédonie nous voilà dans cette Asie qui nous faisait rêver depuis si longtemps !
Une fois mouillés, nous contactons notre agent Napa pour les formalités d’entrée, et débarquons en annexe sur la plage de Kupang.
Pendant les deux prochains mois, nous caboterons d’îles en îles en Indonésie avant de gagner Singapour